Merci Gisèle Halimi

J’ai lu ça sur le site du Monde.fr

Interrogée sur les images du directeur du FMI sortant du commissariat menotté, elle [Gisèle Halimi] y a vu « une leçon d’indépendance et d’intégrité de la justice européenne », tout en reconnaissant « une sorte de commisération à l’égard de la chute d’un homme ». Elle se dit « persuadée que si cette affaire était arrivée en France, on n’en aurait rien su ». Évoquant « la levée de boucliers des amis » de Dominique Strauss-Kahn, elle se dit « déçue par la gauche ». « Il ne me semble pas avoir entendu les Aubry, Guigou, Royal exprimer leur compassion pour la victime ». « Je le regrette car s’il y a une chose qui doit prévaloir sur l’amitié, l’esprit de clan, c’est le respect des femmes », dit-elle.

Ça fait du bien de lire ça, c’est comme une sorte de repère. Merci Gisèle Halimi.

Par contre, il y avait ça aussi :

Jusqu’ici, les socialistes, famille politique de Dominique Strauss-Kahn, ont observé une très grande réserve sur l’accusation de tentative de viol qui le vise aux Etats-Unis, se réfugiant notamment derrière le principe de présomption d’innocence. Mardi, sur France Inter, Robert Badinter a dénoncé « une mise à mort médiatique » de DSK. L’ancien ministre de la justice aurait « aimé l’égalité des armes » entre « l’accusatrice » et « le présumé innocent » : « On dit ‘c’est la justice égale pour tous’. Plaisanterie, dérision ! En vérité, quand Strauss-Kahn est là assis au milieu des autres, il est ravalé délibérément au rang de dealer. » « Où est l’égalité des chances quand en effet l’accusatrice dit ‘je suis la victime’ et qu’on la protège et DSK répond ‘je plaide non coupable’ et on l’accable ? », a-t-il plaidé.

Là je ne comprends pas. Badinter, celui qui est associé au meilleur du mitterrandisme, que dit-il ? Qu’être dealer, c’est tellement pire qu’être violeur ? Je ne crois pas. Que la justice américaine est foncièrement inégalitaire et que, quand les millions de dollars de Anne Sinclair vont se déverser, la pauvre présumée victime ne va pas faire le poids ? Je ne crois pas non plus. Qu’il devrait y avoir une symétrie absolue de traitement entre un violeur présumé et une affabulatrice présumée ? J’ai bien peur que ce soit ça. Peut-être qu’il aurait fallu incarcérer cette pauvre dame en attendant qu’elle prouve son innocence de son crime d’affabulation ?

C’est souvent très beau l’amitié. Mais pas celle-là. La solidarité de classe à ce point, qui plus est par le symbole qu’est Badinter, c’est dégueulasse. Merci Gisèle Halimi.

Louis Amigo

La présomption de salope affabulatrice

Après celle de Mélanchon, étonnamment seule dimanche, de plus en plus de bouches s’ouvrent pour parler aussi de la victime présumée. Comme Messieurs Levy et Lang qui trouvent abject qu’on ne sacralise pas la présomption d’innocence de leur copain de la Place des Vosges et de Marrakech, ne faudrait-il pas trouver abject qu’on ne respecte pas la présomption de salope affabulatrice de cette dame ?

Louis Amigo

La maîtrise des dépenses publiques

Je suis en train d’écouter Jean-Pierre Raffarin sur France Inter. Il dit qu’il faut maîtriser les dépenses publiques, que l’État doit dépenser moins pour réduire la dette qui est trop énorme pour les générations futures, balablabla.

Quand il dit ça, on imagine qu’il parle des dépenses inutiles voire somptuaires, les voitures de fonction, les motards et les gyrophares… Mais non, pas du tout, le bouclier fiscal n’est pas remis en cause, pas plus que la TVA réduite pour les restaurateurs et c’est bien que Sarkozy ait un avion déraisonnable pour se transporter avec sa bonne femme.

Non, ce que vise Raffarin, ce sont les services publics en général, les comptes sociaux, retraites et sécurité sociale, les subventions aux associations… Tiens, l’Armée du Salut va devoir licencier. C’est bien, ça réduit le train de l’État. Bonne année Monsieur Raffarin, qu’elle vous apporte ce que vous méritez…

Les libéraux réussissent tout mais ce sont des salauds

Il me semble qu’une faiblesse importante de la résistance au capitalisme financier est d’ordre rhétorique.
En effet, on entend souvent des opposants convaincus et par ailleurs talentueux accuser les libéraux de tout rater, la résolution des crises, bancaires, financières, sociales, la régression du chômage, la régulation du saccage écologique, etc.
Il ne faut jamais dire à un libéral aux affaires qu’il a raté quelque chose. Car sa réponse va être : "Vous avez raison, je vais essayer autre chose...". Le libéral sûr de lui et dominateur n’existe pas ou alors, c’est un mauvais libéral. L’échec patent est un des moteurs du libéralisme, ce qui permet de toujours "réformer", de toujours revenir vers moins de social, moins de public, plus de privé.
Il faut donc cesser d’accuser les libéraux d’être toujours en échec. Il faut, au contraire reconnaître leurs succès, les expliquer, les disséquer, les contextualiser surtout : dans le contexte du bien commun, le libéral échoue, certes, mais dans le contexte de ses propres valeurs, de la contre-réforme, du retour aux 19ème et surtout 18ème siècles, le libéral est en plein succès.
Voici un mot d’ordre : les libéraux réussissent tout mais ce sont des salauds (au sens sartrien du terme, objectif et sans colère).
Quelques exemples : le chômage qui a remplacé l’inflation comme variable d’ajustement de l’économie et notamment pour absorber les gains de productivité. Marx expliquait déjà au 19ème siècle le rôle socialement coercitif des chômeurs, de l’armée de réserve des travailleurs. Hé bien, nous y revoilà après la parenthèse des conquêtes ouvrières…
La dette publique. Elle est soigneusement provoquée, organisée avec les exonérations de cotisations, les sauvetages des banques, le bouclier fiscal, la réduction de la TVA pour la restauration et même l’Air Sarko One et les 241 millions donnés à Tapie par un tribunal arbitral privé… Et cette dette permet tous les reculs sociaux. Elle permet mieux encore, parce qu’il faut bien trouver un emploi aux colossales fortunes qui se créent du fait de l’augmentation de la richesse globale produite et de l’augmentation de la pauvreté du plus grand nombre. Elle permet d’acheter des pays entiers, des peuples même (d’où le retour au 18ème siècle, avant la nuit du 4 août)…
Et même des choses plus puériles. Au prochain sondage Médiamétrie, on va se rendre compte que France Inter a perdu des auditeurs et que Philippe Val a échoué dans sa mission. Ben non, il n’aura pas échoué, parce qu’il a été nommé par Sarkozy et que Sarkozy, c’est le "frère" de Lagardère, le propriétaire d’Europe 1.

Louis Amigo

La seconde guerre mondiale dans le débat

On nous dit qu’il est indigne d’évoquer la seconde guerre mondiale dans le débat sur le programme de Sarkozy en général et sur la réforme des retraites en particulier. On nous dit que Sarkozy n’est pas Pétain et qu’il n’a pas l’intention d’exterminer les juifs, donc que cette intrusion de la seconde guerre mondiale dans le débat est une enflure de discours, une manifestation de la loi de Godwin (une discussion qui patine par manque d’arguments finit toujours par évoquer le nazisme) et donc que ceux qui parlent de la seconde guerre mondiale à propos des retraites se disqualifient, que ce qui excessif est insignifiant, etc.

Oui mais voilà, ce que Sarkozy essaie de faire avec les retraites, c’est défaire encore un peu plus ce qu’a fait le CNR, le Conseil National de la Résistance en 1944 et 1945, c’est "détricoter" ce programme social comme l’a dit sans honte Denis Kessler représentant les assurances privées au MEDEF et inspirateur de Sarkozy…

Comment parler du programme du Conseil National de la Résistance sans évoquer la seconde guerre mondiale ? Hein comment ? Ben en remplaçant "Programme du Conseil National de la Résistance" par "acquis sociaux d’une époque révolue", par "conservatisme syndical", par "immobilisme corporatiste", etc. 

N’empêche… C’est bien le Programme du Conseil National de la Résistance de 1944 que Sarkozy assassine.

Louis Amigo

Le mensonge par habitude

Fillon et les ministres répètent : Il n’y a pas de pénurie d’essence… Oui mais voilà, les automobilistes n’en trouvent pas de l’essence…

Alors ? Que se passe-t-il ? Pourquoi un tel mensonge si énorme, si absurde ? Certainement par habitude… Chomsky explique bien comment les gouvernants ont pris l’habitude de mentir, de promettre le contraire de ce qu’ils font en réalité.

Et les menteurs de la pénurie d’essence sont les mêmes qui nous assurent qu’ils veulent sauver le régime de retraites par répartition…

Louis Amigo.

La République et la Démocratie, des remparts qui nous protègent ?

Face aux excès du pouvoir économique, devant les extravagances du pouvoir politique actuel et ses faillites, particulièrement sa faillite morale, nous, citoyens, avons l’impression qu’il existe un garde-fou, un rempart qui ne peut être franchi et qui nous protège. C’est la démocratie en ce qui concerne le droit de vote, c’est la République et sa Constitution en ce qui concerne l’organisation de notre vivre ensemble. Nous nous disons : "Quoi qu’ils fassent, ils ne pourront pas, ils n’oserons pas aller contre la démocratie et contre la République…"
Pas si sûr.
La démocratie a déjà été bafouée en février 2008 quand les députés et sénateurs ont voté en opposition avec la décision populaire du référendum de mai 2005 sur le traité constitutionnel européen. Quand le sénateur Serge Dassault distribue des billets de banque pour assurer sa réélection à la mairie de Corbeil-Essonnes, c’est aussi la démocratie qu’on assassine…
Quant à la République… Elle commence à souffrir sous les attaques. Pour assurer la sécurité des plus riches, le territoire est morcelé en zones ultra protégées et zones de non droit, l’égalité est sacrifiée. Pour que les riches accaparent encore plus de richesse, les services publics sont démantelés, la redistribution sociale est asséchée, la solidarité est sacrifiée. Pour gagner les élections prochaines, le parti au pouvoir n’hésite pas à dresser les Français les uns contre les autres, la fraternité est tuée. Tous les fondements de notre pacte républicain sont progressivement liquidés…
Et croyez-vous vraiment que le pouvoir de Sarkozy reculera face à des émeutes populaires, des émeutes du désespoir et de la faim ? Non, l’état d’urgence sera installé pour protéger l’ordre et les biens…
La démocratie et la République ne nous protègent plus. Par contre, elles réclament que nous les protégions… d’urgence.

Louis Amigo